vendredi 17 novembre 2006
Rendez-vous
J'ai pu discuter longuement avec ma directrice de mémoire en début d'après-midi, et nous avons parlé de plein de choses que je vais m'empresser de noter en vrac sur ce blog avant de les oublier.
Comme d'habitude, n'hésitez pas à relever les choses qui vous paraissent complètement fausses, à compléter ce qui vous semble incomplet et, bien entendu, à crier au génie pour le reste.
Pour commencer (en fait, je ne suis pas tout à fait certain qu'on ait commencé par là, mais je vais essayer de pseudo-ranger les idées histoire que ce soit à peu près lisible), on a commencé à essayer de catégoriser un peu l'espace des blogs journalistiques (il va vraiment falloir que je trouve un nom qui sonne mieux), car comme l'a dit Sheiro, les sociologues aiment bien faire des classements de partout.
Deux types de rédacteur-trice-s d'abord : les journalistes professionnel-le-s qui tiennent un blog et les journalistes amateur-trice-s qui exercent sur leur blog.
Trois types de blogs produits ensuite : les blogs qui servent de compléments d'informations anecdotiques, ceux qui présentent un complément d'information substanciel mais qui ne trouve pas sa place dans un autre endroit (pour diverses raisons) et enfin les blogs qui se présentent comme une information alternative et qui se placent comme opposants des médias traditionnels.
Bon, histoire de ne pas encore donner (trop) à rire en tombant dans la caricature, je suis conscient que ces frontières sont poreuses et que le contenu d'un blog peut passer d'une catégorie à l'autre selon la note. Ce ne sont pas des tiroirs absolus et rigides, c'est juste une manière de guider un peu la réflexion.
On s'est également posé des questions sur la légitimité des blogueur-euse-s à traiter l'information et ce, sous plusieurs aspects.
Déjà, comment les journalistes professionnel-le-s considèrent-ils les journalistes amateur-trice-s ?
Quelle est l'importance que les enquêté-e-s (notamment les politiques qui font l'objet de l'information ces temps-ci) donnent à des journalistes qui ne travaillent pas sous un label connu ?
Et surtout, comment ce degré de légitimité influence-t-il le contenu de l'information ? Est-ce qu'un-e journaliste non professionnel-le peu connu-e ne va pas être plus consensuel-le, ne va pas faire d'autocensure, afin d'être sûr-e d'être reçu-e et qu'on répondra à ses questions ? D'un autre côté, est-ce qu'un-e journaliste professionnel-le n'a pas pris l'habitude d'une certaine obséquiosité qu'il va respecter ?
La discussion a aussi tourné autour de la mythologie du web 2.0, qui hante nombre de blogs qui se disent "libres" et "citoyens". Est-ce qu'elle est constitutrice de l'esprit de création du blog ? D'où vient-elle ? (qui sont-ils ? où vont-ils ? c'est leur secreeeeeeet...)
On a interrogé également la posture des blogs proposant une information alternative. Généralement, ceux-ci critiquent les médias traditionnels, accusant une logique d'audimat, un manque de liberté de l'information, etc. (avec la télévision au premier rang du banc des accusés), mais dans la forme, ces blogs ne parviennent pas toujours à se différencier de la télé et ils ont l'air d'être une simple étape à la constitution d'une nouvelle télévision (certain-e-s affichent d'ailleurs clairement cette intention).
Evidemment, ces blogs apportent des nouveautés, mais ils ne révolutionnent pas les codes établis dans les médias traditionnels.
On a parlé de plusieurs autres choses, comme les mouvements professionnels (du monde professionnel vers la blogosphère et inversement), du titre des blogs et de leur url, du financement de ces blogs (via la publicité notamment), des compteurs (qui induisent une certaine présence de l'audimat)...
Voilà.
Bon j'espère que tout ça est à peu près lisible malgré le chaos ambiant. Normalement, je vais formaliser tout ça dans un beau doc made in Word puisqu'on doit faire un compte-rendu de discussion avec sa directrice ou son directeur pour mardi prochain, donc vous aurez quelque chose de plus clair dans pas très longtemps.
Et pour finir, super scoop : dans la précédente note, j'ai lancé un appel pour trouver à me mettre en contact avec un certain Daniel Schneidermann, et bien ce n'est plus la peine de chercher.
vendredi 27 octobre 2006
Inspirations bourdieusiennes
L'autre jour, comme je n'avais rien à faire...
Bon, je fais une pause dans la rédaction, Firefox est en train de me souligner tous les mots en rouge à mesure que je les tape et ça m'énerve. Ca doit être depuis que j'ai installé la version 2. Allons chercher dans les options... Hmmm... J'ai décoché "check my spelling as I type" et il continue quand même. Bon, pas grave, reprenons...
Je disais donc : l'autre jour, comme je n'avais rien à faire, j'ai regardé une intervention télévisée de Bourdieu sur le champ journalistique. Car oui, quand on est étudiant-e en sociologie, on ne lit que des livres de sociologie, on ne regarde que des émissions sociologiques, on vit dedans à fond, 24 heures sur 24 (oui, je suis obligé de dire ça, maintenant que certains profs ont l'adresse de ce blog).
Bref, le champ journalistique, ce n'est pas vraiment le sujet de mon mémoire, mais j'ai quand même noté quelques trucs au fûr et à mesure que Bourdieu parlait.
Je tiens à dire d'abord qu'il est de bon ton actuellement de critiquer pas mal Bourdieu. Mouais... Evidemment, les grandes théories qu'il a démontrées ont des limites, évidemment elles peuvent être (et doivent être) complétées, évidemment il n'a pas pu décortiquer toute la vie sociale en détail dans le courant de sa vie.
Mais honnêtement, critiquer Bourdieu là-dessus, c'est un peu comme dire qu'Einstein était un bon à rien parce qu'il a pas mis jour à la théories des cordes.
Chacun-e apporte sa pierre à l'édifice de la science, et j'ai quand même l'impression que Bourdieu a largement fait sa part de boulot.
Alors, qu'est-ce que j'ai noté pendant cette petite émission ?
Déjà, est-ce que le blog est classable parmi les médias ? Et, en fait, cela revient à poser la question : "qu'est-ce qu'un média ?" et voir si le blog rentre dedans.
Bourdieu parlait à un moment de l'ascendance de certains médias sur d'autres, et que celle-ci était visible par les mouvements au sein du champ journalistique. Par exemple, si beaucoup de journalistes passent des journaux papier à la télévision, et que c'est vu comme une réussite sociale, ça souligne la prédominance de la télévision par rapport aux journaux dans le champ journalistique.
Que faire de ça au niveau des blogs ? Et bien j'ai pu constater deux choses distinctes :
- certain-e-s blogueur-euse-s transforment leur blog en livre, ascendance du livre sur le blog ?
- certain-e-s journalistes passent de la télévision/radio/journal papier vers le blog, ascendance du blog sur ces trois médias ?
Pour la seconde question, j'ai des doutes, ne serait-ce que parce que je n'ai pas l'impression que ce soit considéré comme une réussite sociale que d'ouvrir un blog quand on a été journaliste télé. Mais ça peut être aussi un mouvement juste naissant qui présage d'autres choses à venir.
Bourdieu a aussi dit quelque chose du genre de "quand on veut toucher un large public, il faut perdre ses aspérités et faire dans le consensus".
Est-ce vrai dans le cas du blog ? Je pense que le lectorat d'un blog est très important, car sans lecteur-trice-s, le blog ne vit pas vraiment. Est-ce que pour avoir un très grand public, le blog doit donc faire dans le consensuel ?
Ou peut-être l'absence de la logique de concurrence change-t-elle cet état de fait (mais est-elle vraiment absente ?).
Enfin, je me suis demandé si les blogs créaient un contre-pouvoir face aux médias et, si oui, dans quelle mesure. En fait, c'est encore les blogs politiques qui m'interrogent. Est-ce que les hommes politiques ouvrent des blogs pour s'ouvrir aux jeunes, pour remplacer les tracts d'antan ? Ou bien est-ce pour créer une présence officielle dans le milieu des blogs, rendant donc officieux les autres blogs pouvant parler d'eux ? Car avant qu'il n'y ait un blog officiel de Untel, on est prêt à recevoir toutes les informations des blogs non officiels. Mais à partir du moment où il existe un blog officiel, les autres blogs perdent en statut et perdent donc un peu de crédibilité dans la tête des gens.
Voilà, c'était la fin de mes notes prises sur le vif.
Si vous avez des idées là-dessus, n'hésitez pas à les poster, elles sont forcément bonnes à prendre.
Allons donc, Firefox vient d'arrêter mystérieusement de souligner en rouge ce que j'écrivais... Quand je pense que certain-e-s osent mettre en doute la scientificité de la sociologie, alors que l'informatique est autrement plus ésotérique...